Posté le 03.06.2006 par Journal Fraternité
Des ministres ont rejeté la flamme pour prendre la cendre
Le processus ayant conduit à la fixation du prix de cession des intrants pour la campagne cotonnière 2006 fait apparaître des interstices dans l’armure du changement. Tous les ministres du Gouvernement du changement ne sont pas encore logés à la même enseigne que le président de la République qui met l’intérêt général au-dessus de toutes ses préoccupations.
Tout porte à croire que certains ministres ont décidé de la mise sous coupe réglée du marché des intrants au moment même où ils s’enferment dans du tout communication. Et pourtant, c’est une politique de redressement juste et ambitieuse que le peuple attend du nouveau gouvernement.
Mardi 09 mai 2006, des acteurs de la filière coton sont invités par les ministres de l'agriculture et du Commerce pour discuter du prix de cession des intrants pour la campagne cotonnière 2006. Les deux ministres informent les acteurs que le prix auquel l’intrant sera cédé est de 263 F/kg et les invitent à faire des sacrifices, notamment les égreneurs afin de ramener à la baisse ce prix. Au cours de cette séance, un égreneur en la personne de Martin Rodriguez, président du Conseil d'administration de la Société MCI prend la parole, s’insurge contre le prix de 263 F/kg proposé par le gouvernement et informe les ministres que des fabricants d’intrants ont proposé livrer aux coûts de revient de 273 F pour NPK et 140F pour l’urée les mêmes engrais à Cotonou. si on ajoute leur marge bénéficiaire, l’intrant pourrait être livré à 201F/Kg à Cotonou. Coup de théâtre, la réunion se termine dans la confusion. Le ministre du Commerce promet rendre compte au gouvernement.
Jeudi 10 mai 2006, le ministre du développement et de l’économie organise une consultation restreinte et demande à Martin Rodriguez intuitus personae de confirmer les prix qu’il a proposés pour la livraison à Cotonou des intrants. Ce qui fut fait. A ce jour, MCI n’a reçu aucune suite pour son offre. Les interrogations:
Pourquoi le ministère des finances, dans sa consultation restreinte, s’est adressée à Martin Rodriguez alors même qu’existe une liste des sociétés habilitées par le gouvernement à importer et distribuer les intrants, liste dans laquelle MCI ne figure pas ? Pourquoi le gouvernement n’a pas retenu les offres de la Société IDA qui proposait 197F/kg d’intrant livré au Bénin ?
Si MCI qui n’est pas distributrice d’intrants a pu trouver sur le marché international des fabricants d’intrants de bonne qualité à faible coût par rapport à ce que le gouvernement a retenu, c’est dire que les sociétés distributrices d’intrants en sont capables et l’intrant pourrait être cédé aux paysans à moins de 235 F (prix final subventionné par l’Etat) comme arrêté finalement pour la campagne cotonnière 2006.
Pourquoi à ce jour, le gouvernement n’a pas fixé le prix d’achat du coton aux paysans puisque pour que la production augmente, il faut que les paysans aient la certitude qu’en achetant l’intrant à 235 F le Kilo, ils pourront avoir une marge bénéficiaire en fin de campagne.
La Cour constitutionnelle ayant déclaré non conforme à la Constitution l’arrêté interministériel n°81 Micpe/Mfe du 29 juillet 2005 portant fixation des modalités d’enlèvement et de mise en consommation des intrants coton en République du Bénin, sur quels textes le ministre du Développement s’est-il basé
pour choisir la société distributrice d’engrais pour la campagne 2006 ?
Le président Yayi Boni a fait de l’augmentation de la production cotonnière son credo. S’il veut réussir son pari, il se doit d’aligner ses ministres sur le même niveau d’engagement.
--
Posté le 29.05.2006 par socioecopolibenin
Le Président de la République a effectué le lundi 22 mai 2006 une visite de travail à la Chambre de Commerce et d'industrie du Bénin (CCIB). Avec les acteurs du commerce béninois , le Chef de l’Etat a passé en revue les défis majeurs qui attendent notre pays dans le domaine des échanges commerciaux. Dans son allocution, le chef de l'Etat a déclaré que dans sa stratégie d'accélérer la croissance, il envisage une politique de Grands travaux qui se traduira par la construction des infrastructures économiques.
La presse est unanime pour encenser comme à l'accoutumer le projet du Président de la République. Notre presse ne ménage pas les superlatifs pour magnifier la vision de l'homme. Elle est devenue à son propre insu, un appareil de propagande de l'Etat. Enfin! Yayi Boni, n'est pas et ne sera jamais comme les politiques! On a l'impression, comme l'écrivait un éditorialiste la semaine dernière que "Dieu aime le Bénin"; comprenez bien, Dieu n'aime que le Bénin, les autres pays ou sévissent la famine et la guerre sont maudits. Il est idolâtré Boni, il n'y a que lui, pour le Bénin, pour l'Afrique, et pour le monde (qui sait!). Lui aussi y croit dur comme fer, sa mission est messianique, n'a t-il pas demandé à Dieu de le faire Salomon de son peuple ? On l'a, l'envoyé de Dieu.
Alors allègrement, on boit ses idées sans rechigner, seuls les verts pâturages sont au bout du chemin, où il nous conduit.
Aussi, nous ne nous permettons pas de voir des points inquiétants dans ce projet du chef de l'Etat. Seulement, un quartier résidentiel moderne à Cotonou, pour qui ?
Pour un club de privilégiés, de politiques et d'hommes d'affaires qui n'en peuvent plus de vivre parmi la populace, qui veulent s'isoler officiellement dans les boumkeurs pour se prémunir de la nuisance visuelle générée par la cohabitation forcée avec la misère humaine.
De la misère humaine elle-même, on va s'en occuper, mais en son temps. Au cotonculteur qu'on sollicite pour l'effort national, l'école, le dispensaire, la route, l'eau, l'électricité n'iront que dans une perspective à moyen et long terme, plutôt quand le pays sera développé. Puisque c'est ça le développement.
En entendant son effort va servir à payer des intérêts d'une dette contractée pour améliorer le quotidien des privilégiés. C'est aussi cela le changement.
Nous ne faisons pas un procès d'intention à l'équipe gouvernementale, mais nous avons peur de l'admiration béate que lui voue la presse. Cette presse sensée représenter la conscience du peuple qui s'enfonce dans un profond sommeil. Malgré leur nombre à donner le tournis, les journaux béninois sont des perroquets qui répètent les mêmes échos tels des prêtes rependant les paroles d'évangiles.
Restons donc vigilants à ne pas assimiler propagande à l'information, c'est l'âme du peuple qui est en jeu.
Rajout
Des commentaires unijambistes apparus sur le forum du village béninois nous obligent à faire cette mise au point.
Dans notre esprit, il ne s'agit pas de faire l'apologie d'une quelconque idéologie. Mais si c'est ce qu'inspire ces quelques lignes alors nous assumons.
Nous ne mettons pas en doute la bonne foi de l'équipe gouvernementale, nous l'avons déjà dit.
Ce qui concentre notre inquiétude est cette perte inconsciente d'indépendance de notre presse. Elle s'est transformée en un forum de griots, chantant les louanges, l'intelligence et la probité de Yayi Boni et de son équipe. Le quatrième pouvoir a perdu toute objectivité dans le traitement de l'information, il enrégistre, en anoblit les contours et glorifie la parole du pouvoir.
C'est pour cela, que nous attirons l'attention des uns et des autres sur la portée sociale de ces projets qui semblent bénéficier de l'approbation générale de la presse.
La priorité n'est pas de ghétoïser les quartiers de nos villes en affrichassant des difficultés d'accès à l'eau, à l'électricité, au téléphone, des citoyens originellement déjà privilégiés.
Quel est le message que le gouvernement envoie à ceux qui n'ont pas d'eau courante et d'électricité dans les bidonvilles de Cotonou en leur disant qu'il envisage de créer un quartier pour riches. Surtout quand on sait que l'espoir pour certaines populations de bénéficier de ces prestations publiques réside dans l'installation dans le voisinage d'une autorité politique, ou d'un nanti.
Ne soyons pas des caisses enregistreuses, nous sommes citoyens à parts égales et comptables des erreurs de notre génération.
Posté le 18.05.2006 par socioecopolibenin
Dans sa parution du 9 au 16 avril, Jeune Afrique a consacré une double pages à une réunion qui s'est tenue à Alger sous le thème de l'immigration.
Selon l'hebdomadaire africain, plus 25.000 diplômés africains quittent le continent noir chaque année. Plus de 4 millions d'africains sont installés en Europe et autant sur les autres continents.
La conférence des nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) indique que l'arrivée d'un diplômé étranger se traduit par une économie de 184.000$ pour le pays d'accueil. Dans le même temps, le coût des coopérants techniques et expatriés auxquels l'Afrique est contrainte de faire appel est annuellement de 4 milliards de dollars selon les estimations de l'UA.
Pour une fois, le Président du mouvement pour la France Phillipe de Villiers, a dit quelque chose d'intéressant au sujet des africains. Invité de l'émission de france2 "les 4 vérités" du mercredi 12 avril, il a déclaré par rapport à la politique de l'immigration choisie de Nicolas Sarkozy, "(...) cette mesure vise à dépouiller les pays pauvres de leurs intellectuels, réduisant ainsi leur chance de pouvoir se prendre en charge. (...) savez-vous qu'il y a plus de docteurs béninois à Paris qu'au Bénin?"
Le Président en exercice de l'Union Africaine, l'ancien Président malien Alpha Oumar Konaré parle d'une traite des intellectuels comparable à la traite négrière.
Mais l'espoir doit venir plutôt des politiques africains à l'instar du Président sénégalais A. Wade qui en moins de 5 ans a doublé par une politique volontariste le retour au bercail des intellectuels sénégalais formés à l'extérieur. Le Maroc est également dans cette tendance.
L'assertion "l'impétrant ne reviendra plus jamais au pays" amorce sa phase fausse. Selon le directeur Afrique-Magreb de Michael Page (l'un des leaders mondiaux en récrutement des cadres), son département créé seulement il y a deux mois connaîtra une progression estimée en fin d'année à 20%. Les cadres majoritairement demandés par les multinationales sont les ressortissants des pays formés à l'extérieur pour aligner une connaissance de terrain doublée d'une compétence rigoureuse.
Pour le Bénin, espérons que le dédoublement opéré au niveau des postes ministériels chargés de l'extérieur permettra une meilleure efficacité du retour de la diaspora chérie.
Posté le 18.05.2006 par socioecopolibenin
Dans le post intitulé la fuite des cerveaux, un frein au développement, j'évoquais quelques statistiques de l'onuced et de l'U.A qui montrent à quel point l'Afrique volontairement ou involontairement continue à nourrir un marché de dupes avec les occidentaux. Des données pareilles fondent l'analyse du député béninois Modeste Kérékou dans un article publié dans LeMaltinal contre la venue de Nicolas Sarkozy au Bénin.
Jusque là, c'était l'Afrique elle-même refusant de retenir ces cadres qui favorisait leur exil économique. Les décideurs politiques africains font rimer "blancheur de la peau" et "l'expertise intellectuelle". N'est fiable et audible que la pensée occidentale produite par un occidental "de souche". On préfère une "coopération technique" onéreuse avec des têtes de blancs que des services de même qualité sinon meilleure mais rendus par des africains. L'Afrique offre sa compétence à bas prix pour en importer une de qualité comparable beaucoup plus chèrement.
Mais aujourd'hui pour que l'offre réponde vraiment à la demande, Nicolas Sarkozy applique le précepte élémentaire du keynésianisme "la demande déterminant l'offre" , il viendra faire son marché en lançant la commande de maçons sénégalais, d'informaticiens indiens, de médecins béninois et d'éboueurs maliens comme le répète à n'en pas finir Philippe de Villiers. La quête de l'efficience au service du populisme politique, qui dit mieux. L'enchère est audacieuse, bien que pas courageuse.
Nicolas Sarkozy pour se justifier chante à qui veut l'entendre, que si les américains, les canadiens, les australiens les anglais et tous les pays du nord choisissent leurs immigrés, pourquoi, il n'y aurait que la France qui n'en aurait pas le droit? Et pour faire taire Aboulaye Wade, il lui rappelle que ce n'est pas la France qui détermine la politique d'immigration du Sénégal.
Arrogance et Ironie rétorque ma bien préférée (en cachette vous l'imaginez) Aminata Traoré ex ministre de la culture du Mali. Elle rappelle qu'à l'origine de toute immigration, quelle qu'elle soit, en tout cas ce qui motive celle africaine, c'est une pauvreté alimentée par la rémunération inégalitaire des facteurs de productions capital, travail, travail qualifié ou non qualifié. Et surtout si la France ne décide pas de la politique de l'immigration du Sénégal, elle détermine en large partie sa politique économique par l'instauration encouragée de la mondialisation. En se ventant d'être le premier partenaire économique de tel ou tel pays, la France oublie de dire les conditions de négociations des contrats qui donnent des monopoles aux entreprises françaises en Afrique. Des privatisations contraintes et le le chômage engendré poussent les africains que le ventre du Canal de Suez n'engloutit pas, contre les grilles et les berger-allemands de Méllila.
Alors le pédagogue Sarko viendra nous dire ce que nous n'avons pas compris de sa loi, qui ne veut plus de la misère du monde, pour les parfaits contours de l'Hexagone.